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Beautiful Bastard




          "Vous voulez me goûter ? chuchote-t-elle.
Elle attrape mes cheveux suffisamment fort pour s'arracher à mes lèvres.
Aucune remarque intelligente ne me vient, rien de cinglant pour qu'elle arrête de parler et qu'elle se consacre seulement à la baise. J'ai vraiment envie de goûter sa peau. Je le désire plus que tout.
- Oui, dis-je, tout simplement.
- Demandez gentiment, alors.
- Hors de question. Laisse moi partir.
Elle gémit et se penche pour fourrer un de ses tétons parfaits entre mes lèvres. Elle tire encore plus sur mes cheveux. C'est putain d'exquis."

Chapitre 4 - page 78

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Présentation


          Allez détournons-nous un peu des classiques pour nous pencher sur les romans érotiques modernes ! Et parce que 50 shades est l'incontournable du genre, et bien j'ai décidé de commencer par autre chose !

          Beautiful Bastard, n'est néanmoins pas très différent de la série 50 nuances de Grey puis qu'il est lui aussi issu d'une fanfiction sur l'univers et les personnages de la saga Twilight, initialement publiée sur Internet sous le titre The Office. Ce roman a été co-écrit par deux américaines trentenaires Christina Hobbs et Lauren Billing qui ont donc signé le roman : Christina Lauren. Vous noterez qu'ici, les auteures assument totalement avoir rédigé ce livre, sans doute parce qu'il n'est pas question de déviances ou de pratiques dites "sales" comme c'était le cas dans les classiques que je vous ai précédemment présentés.

          Ce roman, qui est le premier du duo d'auteures, a été un franc succès dès sa parution en février 2013 puisqu'il a été classé 9e de la liste des best-sellers du New York Times ! Christina Hobbs et Lauren Billing ont depuis publié 8 autres livres qui forment la série Beautiful et qui mettent en scène parfois d'autres personnages, parfois les personnages principaux de Beautiful Bastard et parfois les personnages secondaires de cette histoire. Le studio allemand Constantin Films a par ailleurs acheté les droits pour adapter Beautiful Bastard au cinéma. Quand on voit l’engouement qu'il y a eu autour du livre, on ne peut qu'imaginer celui qu'il y aura autour du film !



Résumé


          Chloë fait de brillantes études de marketing et travaille chez Ryan Media Group, une entreprise familiale qui brasse de gros dossiers. Alors que toute la famille Ryan adore Chloë, ça ne semble pas être le cas de Bennett : un jeune et beau mâle de la famille, aussi talentueux dans son travail qu'il est arrogant et doué pour le sexe. Après une rencontre catastrophique, Chloë se montre froide et professionnelle avec Bennett, qu'elle assiste. Et Bennett ne se gêne pas pour se comporter comme un connard avec elle, en l'étourdissant de travail et en lui faisant des remarques désobligeantes. Dans ce climat de désaccord et de lutte perpétuels va débuter une histoire de sexe intense entre les deux personnages. Entre petites culottes déchirées, baises acharnées et insultes, le duo finira-t-il par s'attacher ?



Mon avis


          Tout d'abord, je tiens à vous préciser que je ne parle ici que de Beautiful Bastard et d'aucun autre ouvrage mettant en scène ces personnages -principaux ou secondaires, à savoir : la série Beautiful. Déjà parce que je ne les ai pas -encore ?- achetés et ensuite parce que je n'y trouve pas forcément grand intérêt au vu des thèmes abordés et des commentaires que j'ai pu trouver à leur sujet. Je verrai si je complète mon étude plus tard, si finalement je me décide à acquérir la collection.

          Evidemment, lire un auteur moderne est un exercice totalement différent de celui de lire la littérature érotique classique. Les thèmes changent, les situations changent, le style change et les enjeux changent. Je n'emploierai d'ailleurs pas le terme de "littérature érotique" pour définir ce livre qui n'est pas une oeuvre littéraire. Par contre, c'est un très bon roman : le ton est léger, le langage est simple et courant et Chloë, l'héroïne, est bourrée d'humour. Tout cela rend le livre extrêmement agréable à lire et accessible à un assez large lectorat, d'où certainement sa qualité de best-seller. Par ailleurs, je trouve l'idée d'avoir le point de vue masculin, entrecoupé avec la narration féminine, assez bonne. Même si cela implique une absence de suspense puisque, de ce fait, on sait déjà ce que ressent Bennett et pourquoi il se comporte comme ça.

          Je regrette toutefois une aura trop féminine derrière la narration du personnage masculin. Evidemment, il est impossible de penser comme un homme lorsqu'on est une femme, mais la tentative des auteures était assez honorable. Jusqu'à ce qu'une petite erreur d'appréciation finisse de me sortir de la narration masculine, retirant totalement et irrémédiablement à la lecture, l'effet sympathique de se mettre dans la peau du sexe opposé. En effet, d'après Christina Hobbs et Lauren Billing, le sexe d'une femme a un goût sucré. Alors je ne sais pas combien de chattes elles ont eu l'occasion de goûter mais, même si toutes les femmes sont différentes, la cyprine n'a pas du tout un goût sucré -à part peut-être si Chloë mangeait des wagons de fruits ou qu'elle était diabétique !? On peut qualifier la saveur d'une femme de métallique, acide, salée ou même poissonneuse, mais sucrée... Bref, je trouve cette erreur à la fois dommage et intrigante. Pourquoi les auteures ont-elles écrit "sucré" ? Était-ce une simple erreur ? Ce qui est probable puisque, rappelons-le, ce roman est une fanfiction et que, par conséquent, il ne faut certainement pas s'attendre à ce qu'il y ait de véritable désir de justesse dans les propos. Ou bien, ont-elles délibérément choisi de définir le goût de cette femme comme étant sucré ? Ce qui serait dommage, car cela conforterait l'illusion féministe du livre : le vrai goût d'un sexe féminin ne peut-il donc pas être apprécié tel qu'il est, pour qu'il ait tant besoin d'être enjolivé !?

          En parlant d'illusion féministe, l'histoire peint, dès les premières lignes, le tableau d'une jeune femme forte, indépendante, ambitieuse et brillante. Alors, quand on commence à lire cela on se dit : "chouette, enfin un personnage moderne qui va vraiment s'affranchir du patriarcat !" Sauf que non. Quand on y regarde de plus près, dès ces mêmes premières lignes, on remarque la perpétuation du schéma de domination masculine habituel : c'est le père de Chloë qui lui a donné les bons conseils au sujet de sa carrière, notre héroïne est non seulement hiérarchiquement inférieure à Bennett mais elle est aussi plus jeune que lui et elle n'a même pas encore fini ses études. Et par dessus le marché, avec seulement quatre mecs à son actif, elle est bien peu expérimentée sexuellement face à son amant de "boss".

          Par ailleurs, en relisant mes notes, je me suis rendue compte que : certes, Bennett fait par moment des remarques vraiment désagréables, mais il le fait surtout parce qu'il aime bien la mettre en colère. Et justement : elle est toujours en train de piquer une crise ! Quand elle ne lui fait pas de crise de jalousie pour une nana qui le drague, au sujet d'hypothétiques femmes qu'il aurait hypothétiquement fréquentées alors qu'ils couchaient déjà ensemble -juste coucher, quand elle le croise dans un restaurant en compagnie d'une femme avec qui il entretien une relation seulement amicale et professionnelle, et caetera et caetera -la liste est trop longue ; elle fait une colère parce qu'il a eu l'audace de lui ouvrir un compte client chez Aubade, pour remplacer les sous-vêtements qu'il lui bousille, ou parce qu'il a eu le malheur de qualifier ce qu'ils vivent d'erreur -alors qu'elle même est convaincue que c'en est une. Alors avec du recul, je ne suis même pas sûre d'apprécier l'image prétendument affranchie de la phallocratie que projette notre héroïne car elle nous fait passer pour des femmes agressives et jamais satisfaites.

          En somme, on passe un excellent moment à lire ce livre : on a du mal à le lâcher car il est bien écrit, les scènes de sexe sont excitantes et abondantes et le côté agréable est renforcé par la constante et risible dualité entre les protagonistes et l'humour et le franc parler de Chloë. Mais il faut prendre ce roman pour ce qu'il est : une fanfiction à l'eau de rose destinée à faire mouiller la culotte des femmes qui rêvent de s'affranchir de la domination masculine, sans vraiment en comprendre l'étendue. Il ne faut pas prendre en compte ce simulacre de message anti-sexiste que l'on croit déceler et savourer seulement une histoire drôle et intéressante.

 

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