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Gamiani




          "Les couples se formaient, s'enlaçaient, se tordaient dans de fougueuses étreintes. On entendait le bruit des lèvres s'appliquant sur la chair, ou s'entremêlant avec fureur. Puis partaient des soupirs étouffés, des paroles mourantes, des cris d'ardeur ou d'abattement. Bientôt les joues, les seins, les épaules, ne suffisaient plus aux baisers sans frein. Les robes se relevaient ou se jetaient de côté. Alors c'était un spectacle unique que tous ces corps de femmes, souples, gracieux, enchaînés nus l'un à l'autre, s'agitant, se pressant avec la raffinerie, l'impétuosité d'une lubricité consommée. Si l'excès du plaisir différait trop au gré de l'impatient désir, on se détachait un instant pour reprendre haleine. On se contemplait avec des yeux de feu, et on luttait à qui prendrait la pose la plus lascive, la plus entraînante."

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Présentation


          Comme celle de nombreux romans érotiques, la paternité de Gamiani ou deux nuits d'excès (de son titre entier) n'a pas été véritablement établie tout de suite. De ce fait, un certain nombre d'éditions hasardeuses ont été publiées. C'est quelque temps après le décès du poète, à la suite d'une indiscrétion d'un de ses camarades, qu'Alfred de Musset a été reconnu de manière certaine comme l'auteur du livre.

          Bien que n'ayant pas signé l'oeuvre, Alfred de Musset avait, de son vivant, été suspecté par certains connaisseurs, qui pensaient -à juste titre- avoir reconnu le style romantique du poète, d'avoir rédigé ce livre.



Résumé


          La comtesse Gamiani est une femme incomprise. Belle, riche et affreusement seule, beaucoup de gens la critiquent sans avoir grand chose à lui reprocher. À la suite d'une fête qu'elle a organisée chez elle, elle s'arrange pour faire rester la douce et jeune vierge Fanny pour la nuit, afin de passer un moment voluptueux avec elle. C'est Alcide qui, en bon voyeur s'était caché dans un placard de la chambre de la comtesse, nous narre les événements de la soirée avant d'y participer lui même. Cette rencontre va donner lieu à deux nuits d'excès sexuels, notamment entre les protagonistes, Gamiani ayant un appétit sexuel proche de la boulimie, mais également à une multitude de confessions et anecdotes.



Mon avis


          Gamiani, comme Les Onze mille verges, est une oeuvre intéressante pour l'ambivalence flagrante que l'on peut y trouver. Certains des thèmes les plus lubriques sont abordés ; comme chez Apollinaire on retrouve de la zoophilie, de la nécrophilie ou encore du triolisme. Au couvent, des challenges sont organisés autour d'un âne et gagnera celle qui en prendra le plus de centimètres ; la mère supérieure, dans sa folie concupiscente fais l'amour -ou se masturbe ?- avec un pendu qu'elle croit mort, on apprend encore qu'elle s'est faite dépuceler par un orang-outan, la servante de la comtesse se fait entreprendre par un chien alors qu'elle stimule sa patronne avec un godemiché rempli de lait chaud... Mais face à ses activités libidineuses et bien souvent orgiaques, le romantisme de l'auteur transparaît régulièrement. C'est là que Musset se distingue d'Apollinaire dans l'ambivalence de son récit : alors que le dernier emploie à qui mieux mieux un vocabulaire extrêmement cru, ne laissant jamais la moindre équivoque quant aux actions décrites, le premier utilise des tournures plus poétiques et les sexes sont très peu nommés. Par ailleurs, il n'est pas seulement question de plaisir mais aussi et surtout d'amour.

          En effet, Gamiani est un récit emprunt d'amour -la comtesse répète qu'elle aime Fanny, Alcide semble également aimer Fanny- et une volupté romantique caractérise volontiers certains ébats : "ces furies délirantes à force de rage et de passion poétisaient en quelque sorte l'excès de leur débauche" ; on retrouve bien ici l'âme de poète de Musset...

          Pour finir, ce roman m'a en quelque sorte troublée par la méconnaissance flagrante de l'époque au sujet du plaisir féminin. On s'en rend compte par les attitudes et réflexions des personnages. Gamiani est une femme sexuellement insatiable, totalement perdue dans les méandres du désir ; on peut s'attendre à ce que ça la transcende totalement mais de là à hurler tout son soûl peu importe la stimulation qui lui est prodiguée ou a se frotter la chatte sur le tapis... Quelle que soit l'anecdote racontée ou la situation en cours, les femmes, lorsqu'elle atteignent l’orgasme, semblent plus en proie à une crise d'épilepsie qu'à la jouissance... J'ai par ailleurs été totalement interdite en constatant un rejet et même un dégoût absolu pour l'onanisme de la part du personnage d'Alcide. J'ai donc fait quelques recherches et ai découvert que cette pratique était plutôt mal vue à l'époque et la clitoridectomie -forme d'excision- avait même été préconisée à la fin du XIXe siècle par des médecins comme Thésée Pouillet pour lutter contre cette "déviance" qui rendait soit disant les femmes hystériques...

          En définitive, Gamiani ou deux nuits d'excès est un récit lubrique écrit avec l'âme romantique d'un poète. Bien que mettant en scène des pratiques assez perverses et pour certaines extraordinairement excitantes, les sens demeurent quelque peu anesthésiés par l'espèce de pudeur qui caractérise ici le style de Musset. L'appréhension particulière du plaisir féminin, lue avec mon regard moderne, confère à mon sens au récit une sorte d'ambiance burlesque qui contribue également à limiter l'érotisation de l'atmosphère. Il faut donc lire l'oeuvre avec un regard rêveur et sans attentes perverses pour pouvoir apprécier la beauté du récit.



Et...


          En faisant mes recherches, j'ai dégoté en ligne un extrait de l'oeuvre intercalé d'illustrations toutes plus impudiques les unes que les autres. Vous pouvez découvrir ce passage dans ce document pdf des éditions Humanis :

Gamiani - Extrait illustré - Editions Humanis

 

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