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Histoire de l'oeil




          "Il arriva soudain une chose folle : un bruit d'eau suivi de l'apparition d'un filet puis d'un ruissellement au bas de la porte du meuble. La malheureuse Marcelle pissait dans son armoire en jouissant. L'éclat de rire ivre qui suivit dégénéra en une débauche de chutes de corps, de jambes et du culs en l'air, de jupes mouillées et de foutre. Les rires se produisaient comme des hoquets involontaires, retardant à peine la ruée vers les culs et les queues. Pourtant on entendit bientôt la triste Marcelle sangloter seule et de plus en plus fort dans cette pissotière de fortune qui lui servait maintenant de prison."

L'armoire normande - page 21-22

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Présentation


          Le 4ème livre que je vous présente est lui aussi un grand classique de la littérature érotique et, comme les précédents, l'auteur l'a fait publier sous un pseudonyme. En 1928 donc, Georges Bataille a fait publier Histoire de l’œil sous le nom de Lord Auch. Il semblerait que ce livre soit le tout premier de l'illustre écrivain qui a par la suite écrit de nombreux ouvrages plutôt variés. La paternité de l'oeuvre a été établie après la mort de l'auteur en 1967 et l'édition de cette année-là comporte également le plan de la suite.

          Comme l'indique parfaitement le titre du livre, l'histoire parle d’œil -et de toutes ces représentations abstraites. Comme le titre ne l'indique pas, l'histoire est un immense délire ondiniste. L'association des deux thèmes a été inspirée par le passé de l'auteur. En effet, le père de Georges bataille était un infirme aveugle, et l'écrivain a gardé de lui le souvenir marquant de son regard égaré et blanc quand il pissait dans sa chaise roulante.

          Pour la petite anecdote, Histoire de l’œil a été rédigé au dos de 170 fiches de lecteur de la Bibliothèque Nationale, où Georges Bataille était conservateur, bien avant sa publication. L'auteur a décidé de faire publier le livre lorsqu'il a entrepris une cure psychanalytique avec le docteur Adrien Borel.



Résumé


          Le narrateur, un jeune homme dont on ne connaît pas le nom et que l'idée du sexe angoisse, fait la rencontre de Simone. Instantanément, la complicité s'installe entre les deux personnages et ils passent rapidement au dessus de leur inquiétude pour profiter ensemble des plaisirs de la chair. Mais comme le souligne le narrateur, ce qu'aiment les protagonistes -lui et Simone- ce sont les choses "que l'on tient pour sales". Pour lui, ce qui n'est pas sale est fade. Et c'est ainsi que le lecteur est embarqué dans les aventures des deux personnages qui tantôt semblent tomber amoureux de la jeune Marcelle, tantôt partent pour s'établir à Madrid au frais d'un riche soupirant de Simone, ou tantôt initient un curé à leurs déviances, mais toujours en "pissant" et en jouant avec des objets qui font penser aux yeux...



Mon avis


          Il n'est jamais question pour moi de donner un avis négatif sur les livres que je lis. Je trouve que l'exercice d'écriture est suffisamment complexe et exigeant pour ne pas me permettre de démonter un livre qu'un auteur a donc pris le temps d'écrire. Par ailleurs, je crois que chaque histoire racontée a un objectif, exciter pour ce qui est de la littérature érotique, intriguer pour les polars, etc. Pour ces raisons, j'ai beaucoup réfléchis quant à ce que je pourrais dire de l'Histoire de l’œil. Car ce récit est pour le moins... étrange ! Et je n'ai toujours pas réussi à en saisir l'objectif !

          Tout d'abord, les deux thèmes principaux : l'urine et les yeux ; je suis sûre qu'en lisant ça vous vous dite "WTF !?!! Mais de quoi elle parle ? Qu'est-ce qu'elle veut dire par là ?!" Et bien, comme précisé dans la présentation, Georges Bataille fait curieusement l'associations des deux à cause des souvenirs qu'il a de son père. Pour l'auteur, les œufs sont des yeux ou des couilles sorties de leurs bourses, pour leur ressemblance en terme de couleur, de texture et de forme. Tout au long du récit, les personnages principaux créent donc des situations, toutes plus écœurantes les unes que les autres, à base d’œil et d'urine. Ainsi, ils commencent simplement par se pisser mutuellement dessus, puis les jeux prennent de l'envergure : Simone casse des œufs avec son cul avant de pisser dessus, jusqu'à finir par s'insérer des couilles de taureau sorties de leurs bourses justement, ou encore des yeux humains. Tout cela provoquant la jouissance des personnages, jouissance qui... les fait pisser...

          J'ai pris ce récit sur le ton burlesque, tant chaque aventure est relatée avec légèreté. Ce qui rend le livre moins sombre qu'on pourrait le croire. C'est plutôt comme si les protagonistes semaient joyeusement perversion, sécrétions en tout genre et mort sur leur passage.

          Vous l'aurez compris, je n'ai ressenti aucune excitation à lire ce livre. J'ai toutefois dévoré les 100 pages parce que le récit est bien écrit, les descriptions sont simples et claires, l'accent est vraiment mis sur l'action, les paysages sont peu décrits -au départ le narrateur ne veut même pas nous indiquer le vrai nom de la ville où il habite ! Par ailleurs, il y a peu de temps de pause entre chaque épisode lubrique et je pense que ce livre est un vrai bijou pour les personnes ondinistes -les délires morbides mis à part. Mais ce sont justement les délires morbides qui font l'attrait de l'histoire : les descriptions simples et efficaces des cadavres -mais aussi de certaines situations, comme la petite fête ou Marcelle pisse enfermée dans l'armoire...- m'ont fait penser à celle du début du Parfum de Patrick Süskind où le lecteur est dès les premières lignes happé dans l'univers olfactif créé, tellement il est relaté avec des mots justes et percutants. Et après chaque épisode, impossible de ne pas continuer à lire avidement en se disant "mais que va-t-il bien pouvoir se passer maintenant ?!" Alors, oui comme le dit MH la lectrice, on se sent sale quand on lis ça, parce qu'il faut bien le dire : les péripéties sont carrément dégueulasses, mais je trouve qu'elles sucitent une sorte d'intérêt morbide inavouable plutôt grisant.

          En somme, je pense -comme beaucoup de gens, vu les commentaires que j'ai pu voir un peu partout- que Histoire de l’œil est un classique à connaître, il faut le lire au moins une fois mais il n'est cependant pas à laisser entre toutes les mains.

 

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